Il s’agira de prendre acte de l’importance capitale que revêt, dans la culture de la « seconde modernité » (XVIIe et XVIIIe siècles), la notion de « sentiment ». On prendra principalement appui sur un corpus d’oeuvres d’art visuel (peintures, gravures, sculptures). On situera son développement dans son rapport à la modification du rapport au fait religieux et à la valorisation de l’affect dans le cadre de la réforme induite par le Concile de Trente. Mais il faut également prendre en considération l’essor de la notion d’individu et tout particulièrement celle du moi réflexif, celui de Descartes ou de Locke (le « self »), dont la représentation fait problème, que ce soit par l’évocation propre de la personne (le portrait) ou par celle des relations à d’autres êtres (la peinture de genre, tout spécialement la scène galante) ou au monde (le paysage). Enfin, la question du sentiment concerne le rapport aux savoirs au travers de son acception comme « jugement »: au fur et à mesure que se développent des savoirs de mieux en mieux définis en tant que disciplines, qu’en est-il de l’appréhension de ce qui ne ressortit pas à ce type de connaissances? C’est la question du rapport esthétique au monde - qui invite à donner à A.G. Baumgarten toute son importance, mais aussi à étudier la complexité des rapports entre producteur et récepteur de l’oeuvre d’art à l’époque moderne, notamment autour de l’étude du rapport public à l’oeuvre d’art, dans le cadre des Salons.